Quand notre intimité est monétisée…

Le web, historiquement, a été pensé comme un outil non commercial. C’était d’abord un lieu d’échanges de données et d’informations. C’est en 1995 que les premiers sites commerciaux ont vu le jour.

On peut globalement répertorier 3 types de sites: les sites e-commerce (qui vendent des produits en ligne), les sites à caractères informatifs (presse, blogs, encyclopédies, etc.), les sites communautaires (blogs, réseaux sociaux, forums, etc.). Oui j’ai mis 2 fois blogs car ces derniers peuvent être utilisé de diverses façons. Peu importe ces types de sites d’ailleurs, ce qui est à noter, c’est qu’au fond, on ne remarque pas / plus, qu’on y entre gratuitement sur tous ces types de sites. Alors s’il est évident qu’un site e-commerce gagne de l’argent avec ses ventes, comment font les autres?

Vos données privées enrichissent… les autres!

Bon, vous me voyez venir… Le titre de cet article est assez explicite. Bien sûr, il y a la pub, mais pas que…

Prenons l’exemple, « au hasard », de Facebook. Facebook c’est génial, y’a une messagerie, on peut partager plein de choses avec ses amis, des photos, des vidéos, des idées, bref, tout plein de trucs. Et gratuitement! Et pour payer tout ça, y’a de la pub! Mais pas que… Ce sont vos informations qui les intéressent. Car non seulement ils pourront les revendre, mais en plus, ils pourront s’en servir pour améliorer l’affichage des publicités, c’est à dire des publicités correspondant à ce que vous aimez et que vous êtes susceptible de consommer davantage. Facebook lit tout sur vous, récupère tout, et l’utilise ensuite contre vous. Google fait la même chose avec Gmail. Il lit vos mails pour savoir ce que vous aimez, et paf, vous vous retrouvez avec des pubs correspondant à vos centres d’intérêts. Vous allez me dire que c’est bien, que c’est une information ciblée. Sauf que ce n’est pas le but. Le but n’est pas de vous informer, le but est de vous faire consommer.

Jean-Marc Manach dans son livre La vie privée, un problème de vieux cons ? explique:

“Pour lui (Daniel Lyons, spécialiste des technologies à Newsweek), le génie de Google, Facebook et les autres, c’est d’avoir créé des services si utiles ou distrayants que les gens sont prêts à céder un peu de leur intimité pour avoir le droit de les utiliser. Dès lors, ces entreprises n’arrêteront jamais d’essayer de grappiller toujours plus de bribes de nos données personnelles: « Leur modèle commercial est en totalité fondé sur la notion de « monétisation » de notre intimité. » C’est la raison pour laquelle, afin de développer leur marché, elles doivent faire évoluer progressivement la notion même de vie privée pour que ce nous partageons ne paraisse plus aussi précieux, tout en gagnant notre confiance.

Ainsi, conclut Daniel Lyons, « chaque nouvelle érosion de l’intimité nous est vendue, paradoxalement, avec un discours vantant à quel point l’entreprise X se soucie de notre intimité. Je me demande si Orwell aurait été impressionné, ou consterné. Et qui aurait dit que Big Brother ne serait pas une grosse agence gouvernementale, mais une bande de gamins de la Silicon Valley? »

On est pourtant bien loin d’un scénario orwellien: Orwell se battait contre le fascisme, le totalitarisme, contre des dictateurs, des régimes militaires qui n’hésitaient pas à éliminer, non seulement leurs opposants, mais également ceux qui seraient susceptibles de le devenir…

Si je suis d’accord sur l’analyse globale, je ne suis pas d’accord sur la perception d’Orwell de Jean-Marc Manach. Oui Orwell luttait contre les totalitarismes, mais Orwell était aussi un profond anticapitaliste. L’ultra-libéralisme dans lequel nous vivons le dégoutterait au plus haut point! D’ailleurs, le libéralisme s’est jeté dans l’Internet lorsqu’il a compris tous les bénéfices d’un tel outil! Pouvoir récupérer des données personnelles pour mieux vendre et pousser à la consommation, c’était impensable jusqu’alors! Internet était un outil d’échange de connaissances! C’est désormais un lieu d’échanges de données personnelles! J’échange mon intimité contre un accès gratuit à Facebook, Gmail, etc. D’autant plus que ces données, nous les donnons généreusement et nous enrichissons « les autres » avec! Tout ce que vous faites est répertorié quelque part, étudié par des logiciels et vous est renvoyé pour mieux vous pousser à dépenser votre argent. Vous êtes devenu une cible privilégiée! On communique vers vous de façon individuelle. On ne fait plus de la pub, on fait de l’information. On vous informe que tel truc que vous aimez est désormais à ce prix. Bien sûr, ce n’est que du vent, ça reste de la publicité, mais vous ne vous sentez pas menacé parce qu’on vous parle à vous, et que vous aimez qu’on s’intéresse à vous. C’est insidieux, hypocrite, mais terriblement efficace.

Soyons lucides, cette monétisation de nos intimités est le reflet d’un totalitarisme libéral. Car quoi que nous fassions, nos données personnelles sont exploitées contre nous.

Tout est pensé pour récupérer nos données

Les informations que vous laissez de façon contrôlée (et souvent publiques) sur les sites, globalement, ce ne sont pas les informations les plus intéressantes pour « eux ». Ce qui les intéresse, ce sont les petites informations que vous laissez ici et là, celles qui en disent tellement sur vous, sur vos habitudes, vos goûts, vos envies… Celles qui permettent d’entrer dans votre intimité et de vous fournir des réponses toutes prêtes, rien que pour votre profil de consommateur (et non d’utilisateur). Vous n’êtes pas vu comme un individu, mais comme une machine à consommer.

La fausse gratuité…

Il y a quelques temps, j’expliquais que je voulais payer le contenu sur Internet, que je voulais des abonnements, et ne pas avoir à supporter des pubs pendant que je navigue. A vrai dire, rien n’est gratuit, et d’une certaine façon, nous payons cet accès. En effet, ce sont nos données privées qui payent cet accès gratuit. Les publicités sont ciblées grâce aux données récoltées au préalable sur nos recherches.

Je persiste et signe: je veux payer! Je ne veux pas échanger mon intimité contre un service. Je veux payer pour me servir de Facebook et de Gmail, je veux payer pour Twitter, pour mes cites d’informations, etc.

Mon intimité n’a pas à devenir une marchandise.

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