[BD] Chroniques de Jérusalem. Guy Delisle.
Il était une fois… Guy Delisle à Jérusalem…
Shenzen, Pyongyang et Birmanie…
Guy Delisle est Canadien. C’est pas grave, on ne va pas lui en vouloir pour si peu… (Faut que j’arrête de regarder How I Met Your Mother!) Il est aussi auteur de bandes dessinées, c’est déjà mieux. J’ai découvert son travail grâce à Pyongyang, une BD éditée à L’Association et retraçant son séjour dans la capitale Nord-Coréenne. J’ai très vite beaucoup aimé. J’appréciais la façon qu’il avait de se mettre en scène pour se faire le témoin d’une société parfois surréaliste mais ma foi fort intéressante. Charmé par son travail, je me suis rué sur son précédent ouvrage, Shenzhen, énorme ville chinoise où le dessinateur/animateur, venait superviser des dessins animés dans un studio chinois. Là encore, Guy Delisle se veut simple témoin, évitant tout jugement sur une société accumulant les injustices sociales.
Puis il y a eu Chroniques Birmanes, fruit d’un long séjour à Rangoon, où Guy accompagnait sa femme pour une mission humanitaire à MSF. Certainement le plus réussi des 3, avec un ton totalement maîtrisé comme s’il avait enfin trouvé sa voix narrative. Sujet passionnant qu’est la Birmanie, Guy Delisle nous plonge dans son quotidien et nous montre un univers complexe qu’il se garde bien de juger. Il nous présente les choses telles qu’il les voit, à nous d’en juger. Du coup, bien qu’admiratif, je me suis toujours senti un peu frustré en lisant ses livres. Pourquoi ne prend-il pas parti? Pourquoi n’est-il jamais révolté par ce qu’il voit dans ces pays autoritaristes? Et pourtant, c’est aussi ce qui fait leurs forces. Guy Delisle nous permet de nous faire une idée.
Pour voir toute sa biblio accompagnée d’extraits, c’est ici: http://www.guydelisle.com/biblio.html
Une année à Jérusalem…
Avec Chroniques de Jérusalem, je me demandais comment cet homme, marié à une femme travaillant dans l’humanitaire, pourrait seulement témoigner dans un pays comme Israël, qui occupe des territoires qu’il ne devrait pas, et qui assiège littéralement des populations. La réponse est toute simple: Guy Delisle ne fait pas dans la concession. Il raconte ce qu’il voit et ce qu’il entend, il rapporte ce qu’on lui dit, ses sources sont nombreuses. Pourtant, jamais il ne laisse à penser qu’il déteste tel ou tel camp. Le constat est flagrant pourtant, les Palestiniens sont mal traités. Je n’ai pu m’empêcher de penser à l’Afrique du Sud et à l’Apartheid en lisant Chroniques de Jérusalem. Mais ça serait une erreur de ma part, erreur que je me garde bien de faire depuis des années, de mettre tous les torts sur Israël et les Israéliens. Car nombreux sont les Israéliens qui regrettent ce que fait subir Israël aux Palestiniens. Nombreuses sont les associations (de gauche évidemment), qui tentent de faire bouger les choses là-bas. Mais c’est compliqué. Ce mur qui le fascine et que Guy Delisle aime à dessiner, marque une séparation franche. Ce mur lamentable, construit en dépit du bon sens est le symbole de ces populations qui ne veulent plus vivre ensemble. Le discours sécuritaire n’est que poudre aux yeux. Si l’Etat d’Israël permettait aux Palestiniens de vivre librement, sans humiliations, peut-être que la situation serait différente. Tout cela, Guy Delisle ne le dit pas ouvertement, mais le laisse transparaître. Le constat qu’il fait sur les colonies est sans appel. Comment peut-on rester insensible à tout cela?
Ou cet improbable constat que la presse israélienne est plus critique que la presse française sur la politique de son pays. Qu’en France, on serait traité d’antisémite si l’on osait reprocher à Israël son attitude dégueulasse envers les Palestiniens.
Ou quand on découvre que les quartiers musulmans de Jérusalem, qui paient pourtant les mêmes taxes que les gens des autres quartiers, n’ont pas le droit au ramassage des ordures, et n’ont pas non plus droit à la même eau que les autres, et se retrouvant parfois en pénurie d’eau…
Mais Jérusalem est une ville incroyable où vivotent des tas de communautés religieuses, toute soucieuses d’être au plus près du centre névralgique des religions judéo-chrétiennes. L’athée Guy (que je suis aussi), regarde tout cela avec étonnement et curiosité. On se laisse prendre au jeu, on s’imagine dans ces rues où hommes et femmes de fois se croisent, se fréquentent, et on se dit qu’ils devraient tous vivre en totale symbiose puisque leurs religions prônent la tolérance, l’amour et la paix… Ce n’est pas si simple…
L’univers est complexe, et cette année à Jérusalem dont nous parle ce grand auteur, n’est pas faite pour nous rassurer. Mais Guy Delisle reste fidèle à lui-même. Le ton est parfois léger, surtout face à l’absurdité des situations qui se présentent à lui. C’est peut-être le point commun entre toutes ses BD de voyages, dans ces pays, tout semble avoir été fait en dépit du bon sens. Alors ça prête parfois à sourire…
Bien sûr, cette BD n’est qu’un point de vue, que le témoignage d’un homme ayant vécu un an à Jérusalem. Il n’en reste pas moins que voilà un livre utile, réalisé par un auteur qui certainement sans le vouloir, signe là un ouvrage engagé, faisant preuve de discernement et d’intelligence. Il faudra le lire et le relire encore.








“voilà un livre utile, réalisé par un auteur qui certainement sans le vouloir, signe là un ouvrage engagé,”
Objection votre honneur Jérémy : Raaaaaa nan,nan, nan ! bien sûr qu’il le sait qu’il fait un livre engagé ! ^^ Enfin, je le trouve engagé pour ma part, même s’il n’est pas virulant. Il est au moins engagé à rendre compte.
J’en vois beaucoup qui aboient mais qui ne proposent rien, parfois, il est des situations dont on ne peut que rendre compte, parce qu’on n’a pas forcément les moyens de les changer. Et ça me semble même plus honnête de se considérer “témoin”. Pour autant, ce qu’il nous met sous le nez, on voit bien que c’est ce qui gratte ou ce qui chatouille…
J’aime beaucoup ce que je connais du travail de cet auteur, j’ai lu Pyongyang, un bouquin très instructif oui !
Merci pour ta note et ces quelques planches, ça donne envie de se procurer ce petit dernier.
Je trouve ça vraiment bien justement chez cet auteur, ce placement en “témoin” et non en juge. Il le sait, les choses seraient trop simples à juger de l’extérieur, il est dessinateur, pour ne pas dire “il n’est que dessinateur”. Son point de vue nous permet une véritable prise d’information, une sensibilisation au delà du coup de sang, une réflexion et il nous laisse libre de nous construire une opinion. Chouette bd-reportage, grand auteur !
Pawa devrait nous faire une bd reportage tu crois pas ? ^^
Je comprends tout à fait ce que tu veux dire! Effectivement, ça reste un engagement de témoigner d’une situation politique. Je me suis mal exprimé, je me fouetterai…
Pyongyang est effectivement génial! Je lui ai préféré Chroniques Birmanes cela dit (réalisé avec Jerusalem). Je t’invite aussi à lire Shenzen même si ce dernier, en terme de narration est moins bon que les autres, il a trouvé un peu plus tard une narration mieux construite à mon sens. Mais ça reste du tout bon!